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Quelques images prises d'Ingrid en plein spectacle public
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Par Claude Gilles
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La comédienne, danseuse, maquilleuse, mannequin, Ingrid Fortuné, a dansé ce 25 juin 2004 devant la Notre Dame de Paris. Cette performance devrait marquer le passage de la flamme olympique dans la "ville lumière". Reportage de Claude Gilles qui revient d’une formation d’interprétation dramatique à Paris. |
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Ses cheveux brillantines contre le vent, ses yeux au soleil, Ingrid Fortuné a dansé, ce 25 juin 2004, en l'honneur du passage de la flamme olympique devant la mythique Notre Dame de Paris.
Dans l’attente du passage de l’intouchable flamme, elle a eu froid et la chair de poule. Sur le parvis de la Cathédrale, elle me parlait, ombre nonchalante, de son costume, dirait-on 16/16 dans le climat caméléon de Paris. Le passage de la flamme, symbole des jeux olympiques, est retardé de plusieurs dizaines de minutes. Tout d’un coup, notre Vierge noire / "Erzulie Fréda" a retrouvé son charmant sourire. La flamme s’approche du périmètre de la place de l’Eglise. Au fur et à mesure, Ingrid s’allume à l’image de la flamme. C’est un jour béni, me dit-elle.
Comme une ultime évocation des temps glorieux de Louis XIV, elle entre à toutes jambes sur la scène montée en plein air. Elle était la danseuse àtoile du spectacle métissé de show d’escrime, de jazz et de blues. Ses pas, un tantinet érotique, sont marqués d’une sensualité étonnante. Elle a dansé avec une forte énergie. Il n’est pas donné à tout le monde de danser devant la Notre Dame de Paris. Une période dorée a donc commencé pour celle qui allie la danse à la musique, le mannequinat au maquillage et le cinéma à la télévision. La veille, la Miss Soft & Beautiful a participé à un casting, pour les besoins d’un téléfilm qui sera diffusé en 2005 sur France 2 et France 3, deux des grandes chaïnes de télévision française.
Sous contrat avec Conquered Film qui réalise des longs métrages en co-production avec M6, une grande chaîne de télévision à écoute nationale en France, l’ancienne présentatrice de la Télévision nationale d’Haïti (TNH) ne se laisse pas plonger pour autant dans l'euphorie. Jurant ainsi avec humilité qu'elle ne se prend pas "pour une star accomplie". "Je ne fais pas encore la couverture de Vogue ", nuance-t-elle à l'issue de son show réussi très applaudi par des centaines de touristes ébahis par l'ampleur de la Cathédrale et du spectacle en soi.
Haïti suffisait à ma déprime durant mon séjour à Paris, tant les nouvelles n'étaient pas réjouissantes. Ouf! Ingrid a réussi un grand coup, comme danseuse principale à cette occasion exceptionnelle. L'esprit soulagé, j'ai eu un beau sujet de conversation pour la Guadeloupéenne Mony Suignard et son mari parisien Pierre Bara qui m’invitait à dîner avec eux. Ils aiment bien Haïti, mais… Il y a toujours un mais qui remet tout en question. Un bémol qui submerge toujours notre paysage tropical. Attention, Ingrid venait de danser en l’honneur de la flamme olympique! Et la conversation redevient rythmée et remplie de couleurs.
Ingrid: "…Haïti est dans ma peau"
Claude Gilles: Par quoi ton regard a-t-il été frappé en dansant en l'honneur de la flamme olympique?
Ingrid Fortuné: Par l'honneur d’ètre sélectionnée parmi pas mal de filles, pas mal de gens pour danser à l'occasion du passage de la flamme olympique à Paris, sachant qu'en France et partout dans le monde, c'est un privilège; de danser ou d'accompagner la flamme olympique, symbole d'un immense évènement sportif, dans son quartier. Je suis comme un zeste d’Haiti aux prochains jeux olympiques, entre autres, les athlètes qui auront à représenter le pays. Je suis donc une petite goutte intérieure qui symbolise Haiti.
Claude Gilles: T'as le sentiment de vivre un jour béni !
Ingrid Fortuné: Béni ! Oui, j'ai dansé quand mìme devant un endroit mythique, devant Notre Dame de Paris, pour une journée symbolique. C'est béni pour moi. L'ann'e dernière, si on me disait que j'allais le faire, je n'aurais pas cru, et voilà c'est fait aujourd'hui. Je ne sais pas si c'est une grande première pour une haïtienne. S'il en est le cas, tant mieux. De toute façon, l'essentiel c'est qu'on soit représenté dans le spectacle.
Ingrid Fortuné en plein spectacle dans les rues de Paris
Photo Claude Gilles
Claude Gilles: Mannequin, maquilleuse, comédienne, danseuse…tu ajoutes toujours une corde à ton arc et hier encore (25 juin) tu as été à un casting. En quoi consiste ce test?
Ingrid Fortuné: En fait, c'est un casting pour un téléfilm qui sera diffusé sur France 2 et France 3 (deux des plus grandes chaînes de télévision française, ndlr) en 2005. C'est un grand casting et le tournage s'étendra sur deux à trois mois. Moi, j'ai passé le casting et j'espère que je serai retenue. J’attends encore, parce qu'on ne donne pas tout de suite une réponse. Pendant le tournage, on essaie de caser tout le monde à leur place. Je suis quand même optimiste. De nature, je suis toujours optimiste quand je passe un casting. (En France, Ingrid joue déjà dans quelques feuilletons de la série Aphrodisia, très prisée par les téléspectateurs de la chaîne 30 de Télé Haïti, ndlr). Il le faut!
Claude Gilles: Avec toutes ces formes d'expression (danse, musique, mannequinat, cin'ma) dans lesquelles tu t'es engag'e, veux-tu être un sel qui se met à toutes les sauces ou une sauce accessible à tous les sels?
Ingrid Fortuné: Euh! Non… Les professionnels de spectacles sont de plus en plus exigeants. Donc, il faut savoir danser et pas un seul rythme de musique. Quand on passe un casting il faut savoir danser le folklore haïtien et quand on est retenu, c’est au jazz qu'on va travailler. Moi, je suis oblig'e d'être à jour parce que la compétition est vachement rude. Il y a beaucoup d'appelés et très peu d'élus. Je m'entraîne tous les jours, le chant notamment, le théâtre…Quand on a tous ces atouts, c'est plus facile de réussir.
Claude Gilles: Dieu merci ces formes d'expression artistique ont des relations de complémentarité!
Ingrid Fortuné: Oui, c'est compl'mentaire, c'est le milieu artistique. Mais, de toute façon, il faut travailler au jour le jour. Sachant qu'a c,té, dans la vie tous les jours, j'ai un boulot comme tout le monde. Mais, ma joie, mon envie c’est le spectacle.
Claude Gilles: C'est cette envie-là qui t'a poussée vers la musique au point de vouloir enregistrer un album ?
Ingrid Fortuné: Effectivement j'ai un projet d'album. Je suis toujours habitée par ce projet. Le souci, c'est que je suis difficile dans mes recherches. J'ai eu des propositions qui ne correspondaient pas du tout à mes ambitions. Je veux faire un màlange (de styles ou de rythmes musicaux) en ne laissant pas tomber mes racines, mais que ça soit un album ouvert à tous les autres pays. C'est pas évident d'associer les deux. J'ai mon père qui vit à Montréal, il est musicien de Ti Kapzi et toute l’équipe de cette formation musicale m'ont proposé de venir au Canada pour préparer la maquette de l'album. Je vais voir ce que cela va donner. Mais, je les préviens que je ne veux pas faire du compas pur.
Claude Gilles: Parlons de tes racines, Ingrid. Haïti n’a pas une bonne presse à Paris notamment, cela ne te gène pas en t'affichant comme haïtienne dans l'immense Capitale de la France, bien qu’elle soit métissée?
Ingrid Fortuné: Justement, Haïti n'a pas une bonne presse à l'étranger. En dépit de tout ça, je suis toujours très fière de représenter mon pays. Je ne sais pas si tu as pu lire Amina, le magazine dans lequel j'ai donn' une interview. C’est à partir de cette interview que des gens engagés dans le spectacle en France m'ont contactée. Ils ont vu que j'ai de la rage, j'adore mon pays. Je n'ignore pas mes racines. Quand on n'ignore pas ses racines, on a une identité. Ce n'est pas cela qui va fermer pour moi la porte du succès. J’espère que la situation d'Haïti va changer. Haïti est dans mon cœur et dans ma peau. Dès que je passe quelque part, on le voit tout de suite. Sache que si j'ai un projet, un album par exemple avec des couleurs, différentes des nôtres. c'est parce que je veux emmener notre culture un peu plus loin.
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