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Marcus
   Marcus Garcia

(dimanche 30 janvier 2005)

© Photos JJ Augustin/Image Nouvelle (509) 213-6838 / (509) 556-5362

Editorial,  Mélodie 103.3 FM,  Port-au-Prince
   Jacmel est aussi par certains côtés une ville-fantôme!…

JACMEL, 29 Janvier
   Le carnaval de Jacmel a attiré cette année encore beaucoup de monde, bien que son originalité laisse de plus en plus à désirer sous la pression des goûts touristiques de Port-au-Prince, la république de Port-au-Prince!
   Ces derniers dominent désormais de leur nombre, et de leur poids pécuniaire, l’un des derniers événements à la fois culturels et populaires du pays.
   Cependant plus que les années précédentes, l’organisation a fait défaut. Ensuite, le grand bal du vendredi soir a été annulé, l’orchestre qui devait l’animer ayant fait faux bond. Une histoire de querelle entre jeunes musiciens de Port-au-Prince, toujours la république de Port-au-Prince.
   Le festival qui devait commencer samedi dès 10 heures a.m., ne va pas démarrer avant 7 heures du soir. La seule note charmante aura été le carnaval des enfants, un char tout rose de poupons qui chantent sur l’air de “Alouette, gentille alouette.”
   Photographes et cameramen venus de la capitale, et même de l’étranger, avaient enfin quelque chose à se mettre sous leurs lentilles. Dimanche, le défilé des masques d’hier et d’aujourd’hui, où à côté des références classiques au lendemain d’un bicentenaire de l’indépendance, tous les personnages de l’actualité sont passés en revue: Sadam Hussein, Bush, Aristide et peut-être aussi cette année “Gwo Jera.” C’est bien sûr un honneur de faire partie de cette pléiade. Demandez à un Aubelin Jolicoeur depuis longtemps canonisé avant l’heure ...
   La vraie surprise cette année du carnaval de Jacmel aura finalement été le service de sécurité établi par les militaires internationaux (la Minustah) qui n’ont pas fait moins, ni moins bien que ce que l’on a entendu à l’occasion de la récente inauguration du second mandat du président Bush à Washington. Tout au long de la route du sud, puis de celle de l’Amitié jusqu’à l’aéroport de Jacmel, donc au-delà de la ville: service d’ordre imposant mais souriant et sécurité gratis ti cheri...
   N'empêche qu’il suffit de sortir du périmètre carnavalesque pour se rendre compte que le coeur de Jacmel n’est pas à la fête. Et cela pour les mêmes raisons qui ont assombri la fin d’année à la capitale: l’effondrement total de l’économie. Il y a quelques années, l’affaire des coopératives en faillite a porté un coup terrible au chef lieu du département du Sud-Est.
   Aujourd’hui la ville semble avoir reçu son coup de grâce. Depuis la fin des années 90, Jacmel est entré dans une nouvelle ère: celle d’un boom de l’immobilier et de la construction. En 2000-2002, c’est le plafonnement. Pas un pouce de terrain dans la plaine de Méyer, le long des plages de Cyvadier, Raymond-les-bains où ne s’élève un bâtiment en béton ou en roches de toutes les teintes pastel possibles et imaginables, de vrais petits palais de maharadjas plutôt genre nouveau riche.
   Et enrichis on ne sait trop comment! Mais aujourd’hui on ne s’embarrasse pas en Haïti de ce genre d’états d’âme. Tandis que le prix du mètre carré à Cap Lamandou-Côte d’Azur atteint (comme le nom l’indique) des hauteurs inimaginables. Cependant aujourd’hui, et aussi soudainement que le mouvement avait commencé, c’est la désescalade. Rien ne va plus, mais la grande majorité de ces constructions gigantesques restent inachevées.
   D'immenses châteaux gargantuesques, ou dignes des films de Dracula, et traversés désormais jour et nuit, on dirait, par des volées de chauve souris. Leurs propriétaires aussi, disent les mauvaises langues, se sont envolés... comme des chauve souris.
   Cependant Jacmel en a vécu depuis toutes ces années. Le boom de la construction, c’est tout un petit peuple qui a trouvé des emplois de maçon, menuisier, terrassier, manoeuvre; toute une foule de petits métiers revenus à la vie: fabricants de blocs de tout style (dentelles, cône, arabesques, arc etc), travaux de ferronerie fine, enluminures, d’artisanat cousu main etc.
   Bref, quand la construction va, tout va. Tel a été le cas ces 5 dernières années à Jacmel. Et c’est cela, cette escalade, ce boom qui est arrêté aujourd’hui en plein élan. Il en reste un paysage de désolation, un décor draculesque. En un mot, une sorte de ville fantôme.
   Le pis est que tout ce pactole se soit gelé, pour ne pas dire gaspillé, en constructions style folie des grandeurs, mais rien en investissements productifs: agriculture, industries, agro-industries ou infrastructures communautaires.
   Tourisme? Il y a bien de beaux hôtels (Cyvadier, Le Cap Lamandou, La Jacmélienne), mais si le tourisme n’est pas relancé, leur sort risque d’être le même que pour le nouveau port de Jacmel toujours enveloppé dans son papier cadeau plus de 5 ans après sa construction. Un beau bijou sans aucune utilité.

Marcus Gracia
(février 2005)
Courtoisie Spéciale


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