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Avec le phénomène migratoire de la 2ème moitié du 20ème siècle, les campagnes se vidant de bon nombre de ses habitants, en quête de vie meilleure, vers les centres urbains, laissaient également beaucoup de leurs pratiques voyager vers d’autres contrées. Si certaines communes et leurs régions avoisinantes, comme Léôgane, gardent la main haute de cette tradition de Carême, attirant maints visiteurs d’autres villes, le rara n’a cessé au fur et à mesure de se diluer des villages aux villes, aux quartiers, devenant un événement social couru, pour finalement tourner, en ce début de 21ème siècle, à une pratique largement répandue, se vivant non plus seulement aux heures marron de la nuit profonde, mais en plein regard des «citadins» de tous bords, sous les lampes électriques et, même sous la lumière crue du plein jour!
Trente ou quarante ans auparavant, la dextérité légendaire du major jonc, personnage central et mythique d’une assemblée rara, opérait des vagues d’incrédulité, «en ville», suffisant, par sa seule évocation dans les familles à effrayer les jeunes enfants, menacés de la visite du jongleur, pour les exhorter à arrêter de faire pipi au lit ou de sucer le doigt. De Carrefour Feuilles, l’Avenue Magloire Ambroise à Pétion-Ville, combien de jeunes esprits ont cédé à cette peur (provoquée sciemment par leurs parents même) de se voir emportés vers des régions inconnues par des bandes de rara passant à la tombée de la nuit dans leurs quartiers!
De nos jours, en prolongement de la saison carnavalesque expirée le Mercredi des Cendres, le rara de ville, avec une nette tendance rajeunie, sort et se déploie des heures durant sous l’il intéressé ou indifférent de tous et chacun, rassemblant initiés, curieux, badauds de tous âges. Mué en phénomène musical, le rythme lancinant du rara opère avec sa magie légendaire de faire marcher ses suiveurs sur des kilomètres et des jours sans fatigue. Dans le rara de ville, les jeunes se munissent de larges pièces de carton devant leur servir de repose-tête, lors des pauses "obligées" à certains carrefours, lieux mystiques en pratique vaudou.
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Pour Jean Erich René, Nouvelliste numéro 36404 du vendredi 15 mars 2002, page 16, cette nouvelle forme de sortie rara ne serait qu’une apparence, quand il explique: "Mais à une heure indue, le décor change. Sous une apparence innocente, les bandes de rara ont un caractère mystique. N’importe qui ne peut diriger une bande de rara. Ce sont les initiés du vaudou et leurs chefs de secte… qui ont la commande".
Certains «braves» s’étant aventurés en territoire consacré du rara, racontent également avoir été invités, par des amis du sérail, à s’arrêter de les suivre à un moment donné pour permettre à la bande de se consacrer à la raison première de sa sortie. Zombification? Déterrement de cadavres? Règlement de comptes? Il faudrait en être pour savoir.
Le rara, étendu sur la communauté nationale et non plus seulement vécu en zone rurale, se revêtirait donc de costumes différents pour accommoder ses adeptes divers. Image musicale de jour pour les raras de ville, test d’endurance pour les embrigadés et fanatiques, concours de vaccines pour bandes à pied et racine établies dans Port-au-Prince, notamment. Décor mystique de nuit, dans les raras des champs ou de villes, d’ailleurs ruralisées, pour initiés seulement, ou aux risques et périls de ceux qui ne respecteraient pas la démarcation.
Vécu intensément pendant le Carême, le phénomène Rara, sous sa double présentation culmine à la semaine sainte. Il y prend droit de cité à la face des croyants redoublant de ferveur vers la période sacrée du Renouveau Chrétien de la Pâque. Caractéristique idéale des courants divers faisant d’Haïti cette île mystérieuse et envoûtante des Caraïbes, le tout cohabite dans un équilibre symbolique de notre pays et de son histoire.
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